La grande histoire de l’Équipe de France féminine

L’Équipe de France féminine de football est considérée comme l’une des plus fortes nations du football féminin sur le plan mondial. Malgré un palmarès vierge de titre, la France a participé aux quatre derniers championnats d’Europe et est parvenue à se qualifier pour quatre Coupes du Monde. Sandrine Soubeyrand détient le record de sélections (198) et Marinette Pichon celui de buts marqués (81), actuellement talonnée par Eugénie Le Sommer. Retour sur une émergence difficile, de tournois pirates à la dernière Coupe du Monde.

Crédits photo : Le Huffington Post

Le football féminin s’impose en France à l’issue de la Première Guerre mondiale, avec la mise en place du premier Championnat de France en 1919, organisé par la FSFSF. Le vendredi 30 avril 1920, à Deepdale, au stade du Preston North End FC, une sélection des meilleures footballeuses françaises de la FSFSF rencontre les Dick, Kerr’s Ladies FC, la formation anglaise de Preston. Devant 25.000 spectateurs, la France s’incline 2-0. Elle boucle sa première tournée anglaise avec deux victoires, un nul et une défaite. Le 31 octobre 1920, 12.000 spectateurs assistent au stade Pershing de Paris au match retour, conclu sur un score nul de 1-1. Une nouvelle tournée anglaise pour l’Équipe de France est organisée en 1921. Les Bleues s’inclinent lors de leur premier match (5-1), puis signent trois courtes victoires.

Après 1921, la FFFA n’ouvre plus les colonnes de ses publications à Alice Milliat, présidente de la FSFSF. Les tournées outre-manche se poursuivent malgré l’interdiction du football féminin par la FA. Au printemps 1922, les Bleues sont battues à Plymouth (2-1) et concèdent des nuls 0-0 à Exeter et Falmouth. Le calendrier international se résume à quelques matches France-Belgique. Le dernier match de l’équipe de France de la FSFSF se tient en avril 1932. La Ligue de Paris de football féminin, fondée en 1933, reprend le flambeau et met en place une Équipe de France et une équipe de Paris. Ces deux formations s’affrontent régulièrement et la sélection française dispute plusieurs matches internationaux, encore une fois principalement face à la Belgique. Les footballeuses françaises, et rémoises tout particulièrement (ce qui coïncide avec la domination de l’époque des rémois sur le football masculin), sont très actives à la fin des années 1960 pour faire reconnaître l’existence du football féminin. Un an avant le feu vert fédéral, les Bleues prennent part à une Coupe d’Europe pirate, c’est-à-dire en marge de la FIFA, avec trois autres nations, pour trois défaites et un couronnement italien.

Dans la foulée de la reconnaissance du football féminin qui a finalement lieu en 1970, les joueuses mettent sur pieds une première Coupe du Monde pirate, remportée par le Danemark. La France n’est pas présente à cette compétition, mais quelques mois après avoir disputé son premier match officiel, le 17 avril 1971 (victoire 4-0 face aux Pays-Bas), elle prend part à la deuxième édition qui se tient au Mexique. Les Bleues peinent en phase de groupe en concédant deux défaites, contre le Danemark puis l’Italie. Les footballeuses devront répéter encore leurs organisations pirates jusqu’à ce que la FIFA admette l’intérêt d’une telle compétition, en 1991. L’UEFA cède, elle, dès 1982 en prenant en charge l’organisation des Championnats d’Europe. Le premier stage national officiel de la FFF pour l’Équipe de France féminine se tient en avril 1975, à l’INS, pour vingt-quatre footballeuses, dont de nombreuses rémoises, sous la baguette de Pierre Geoffroy. Les footballeuses du Stade de Reims constituent la meilleure formation française entre la fin des années 1960 et le début des années 1980. Lors du tournoi mondial disputé en 1978 à Taïwan, c’est la formation rémoise au grand complet qui représente le football féminin français. Les joueuses du Stade enlèvent le titre à égalité parfaite avec les Finlandaises d’Helsinki, phase finale en poule sans finale oblige. Après les espoirs nés durant les années précédentes, l’Équipe de France pouvait espérer bien figurer dans les compétitions internationales mais en raison d’un manque de considération de la part de la Fédération, elle est souvent absente des grands tournois internationaux.

A LA CLAIREFONTAINE

Sous l’impulsion d’Aimé Jacquet, le football féminin de haut niveau est alors pris en charge par les équipes de Clairefontaine. Les footballeuses de l’équipe de France A profitent désormais de plein droit, au même titre que les hommes, des facilités offertes par les structures de Clairefontaine. Sous la houlette d’Elisabeth Loisel, qui remplace Aimé Mignot après le Championnat d’Europe 1997, les premiers résultats apparaissent encourageants avec comme point d’orgue la première participation à une Coupe du Monde FIFA en 2003, après avoir écarté l’Angleterre en match de barrage (un match retour en France diffusé pour la première fois par Canal+). Lors de ce Mondial 2003, les Bleues tombent dans un groupe difficile composé de la Norvège, la Corée du Sud puis le Brésil. Après une défaite logique face aux Norvégiennes, les Françaises reprennent espoir lors du deuxième match de poule contre la Corée du Sud. Après un match nul face au Brésil, les Françaises terminent troisièmes de leur groupe et sont donc éliminées. Elles se qualifient ensuite pour l’EURO 2005, où elles sont éliminées au premier tour, puis échouent à se qualifier pour le Mondial 2007, devancées par l’Angleterre en phase qualificative.

Bruno Bini, qui avait mené l’Équipe de France des U19 au titre européen en 2003, est nommé sélectionneur en 2007 et a pour but de qualifier la sélection au Championnat d’Europe 2009 et d’y atteindre les quarts de finale. La France termine en tête de son groupe devant l’Islande, évite les barrages et se qualifie pour l’EURO 2009. Dans un groupe extrêmement relevé (Allemagne, Norvège, Islande), la France s’impose lors de son premier match contre l’Islande (3-1), avant de lourdement s’incliner face à l’Allemagne (1-5). Mais elle termine à la deuxième place du groupe grâce à un nul 1-1 face à la Norvège et se qualifie pour les quarts de finale face aux Pays-Bas. Les Orange s’imposent aux tirs au but. L’Équipe de France participe pendant l’été 2011 à la Coupe du Monde en Allemagne. Elle se classe quatrième de la compétition, son meilleur résultat, après notamment une victoire contre l’Angleterre en quarts de finale. Elle remporte ensuite le tournoi de Chypre pour la première fois, en mars 2012. Quelques mois plus tard, aux Jeux Olympiques, la France sort de sa poule et retrouve la Suède en quarts de finale. Les tricolores, après avoir été menées au score par les scandinaves, reprennent l’avantage et se qualifient pour les demi-finales grâce à Wendie Renard et Laura Georges. En demi-finales, elles doivent faire face aux championnes du monde en titre, les Japonaises. Malgré une énorme domination française, les Nadeshiko Japan s’imposent 2-1. L’Équipe de France sera opposée au Canada pour la médaille de bronze. Encore une fois, les Bleues domineront largement la rencontre mais ne parviendront pas à marquer et devront une fois de plus digérer la “médaille en chocolat”.

QUATRE QUARTS

L’Équipe de France réalise un sans-faute lors des éliminatoires de l’EURO 2013 en s’imposant lors de ses huit matches. Lors de cet EURO, elles finissent premières de leur groupe grâce à trois victoires. Elles sont éliminés, comme souvent, en quarts de finale par le Danemark lors de la séance de tirs au but. Philippe Bergeroo est alors nommé sélectionneur et a pour mission de qualifier l’Équipe de France pour la Coupe du Monde 2015 qui se déroulera au Canada. Pour se faire, Bergeroo passe d’un schéma immuable en 4-2-3-1 à un 4-4-2 classique. La France remporte une nouvelle fois le tournoi de Chypre, produit un football offensif impressionnant et tient tête aux meilleures formations mondiales. Ces résultats permettent à la France de prendre la quatrième place au Classement FIFA. Malgré cela, les Bleues seront éliminées en quarts de finale de la Coupe du Monde 2015 par les Allemandes, aux tirs au but.

Après un intermède d’un an d’Olivier Echouafni comme sélectionneur, ponctué par une nouvelle élimination en quarts de finale des Jeux Olympiques 2016, face aux Anglaises, Corinne Diacre est nommée sélectionneuse de l’Équipe de France pour une durée de quatre ans. Elle a pour mission de préparer la sélection pour la Coupe du Monde 2019, qui se déroulera sur son sol et dont elle est qualifiée d’office en tant que pays hôte. La France hérite, dans le groupe A, du Nigéria, de la Norvège ainsi que de la Corée du Sud, qu’elle affronte lors du match d’ouverture de la compétition. Les Bleues s’imposent sur le score de 4-0. Ce match d’ouverture réalise un score d’audience impressionnant, avec près de dix millions de téléspectateurs sur TF1 et 980.000 sur Canal+. Les Bleues enchaînent sur un succès face à la Norvège (2-1). Cette victoire qualifie la France pour les huitièmes de finale de la compétition. Elles assurent leur première place du groupe en battant le Nigéria sur le score de 1-0. En huitièmes de finale, les Bleues s’imposent face au Brésil, sur le score de 2-1. Grâce à une réalisation de Valérie Gauvin en début de seconde période, après s’être vue refuser un but par la VAR, les Tricolores ouvrent le score. L’égalisation de Thaisa amène les deux équipes à se départager en prolongations. C’est Amandine Henry qui délivre les Bleues, en reprenant un coup franc de Amel Majri. La France retrouve donc les États-Unis en quarts de finale. Elles s’inclinent finalement face aux Américaines (tenantes du titre et futures vainqueures) sur le score de 2-1. Conséquence fâcheuse, les Bleues seront absentes des Jeux Olympiques 2020, à Tokyo, faute d’avoir terminé dans les trois meilleures équipes européennes. Noël le Graët, président de la FFF, annonce tout de même que la sélectionneuse tricolore Corinne Diacre resterait à son poste.

Les audiences lors de la Coupe du Monde 2019 sont sans commune mesure avec les précédentes : chaque match de poule des Bleues a rassemblé environ dix millions de téléspectateurs. Les matchs à élimination directe ont quant à eux attiré près de douze millions de téléspectateurs. Et chacun, à commencer par l’Équipe de France elle-même, espère que les résultats suivront très prochainement..

Ivan GADAY